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 Ferdinand de Saussure

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PostSubject: Ferdinand de Saussure   Sat 18 Aug - 21:02

Ferdinand de Saussure, né à Genève le 26 novembre 1857 et mort au château de Vufflens-sur-Morges le 22 février 1913, est un linguiste suisse. Reconnu comme fondateur du structuralisme en linguistique, il s'est aussi distingué par ses travaux sur les langues indo-européennes.

On estime (surtout en Europe) qu'il a fondé la linguistique moderne et établi les bases de la sémiologie. Dans son Cours de linguistique générale (1916), publié après sa mort par ses élèves, il définit certains concepts fondamentaux (distinction entre langage, langue et parole, entre synchronie et diachronie, caractère arbitraire du signe linguistique, etc.) qui inspireront non seulement la linguistique ultérieure mais aussi d'autres secteurs des sciences humaines comme l'ethnologie, l'analyse littéraire, la philosophie et la psychanalyse lacanienne.



Biographie
Issu d'une famille genevoise d'illustres savants, Ferdinand de Saussure est né en 1857. Il est le fils de Henri de Saussure, entomologiste et de Louise de Pourtalès, le frère de Léopold de Saussure et de René de Saussure, espérantophone et le père de Raymond de Saussure, médecin et psychanalyste. On peut également noter dans sa généalogie Horace-Bénédict de Saussure, naturaliste et géologue, son arrière-grand-père, considéré comme le fondateur de l'alpinisme, et le fils de ce dernier Nicolas Théodore de Saussure, chimiste et botaniste. De son mariage avec Marie Faesch (1867-1950), Ferdinand de Saussure eut trois fils: Jacques de Saussure, Raymond de Saussure et André de Saussure.

Après avoir achevé ses études secondaires, il se rend en 1875 à Leipzig où se trouvait alors la plus célèbre université de philologie de l'époque, puis à Berlin et à Paris. En 1877, Saussure communique à la Société de Linguistique de Paris son premier article qu'il développera dans son Mémoire sur le système primitif des voyelles dans les langues indo-européennes paru à Leipzig. Deux ans plus tard, il présente également à Leipzig sa thèse de doctorat : De l'emploi du génitif absolu en sanskrit. Il travailla ensuite une dizaine d'années en France, où il enseigna la linguistique indo-européenne, avant de retourner en Suisse. Là, il reçut une chaire de linguistique et enseigna, entre autres, le sanskrit, le lituanien et la linguistique générale.


Travaux
Les sources


Le Cours de linguistique générale a constitué le document le plus important dont le vingtième siècle a disposé pour connaître la pensée de Saussure. Cependant ce texte ne fut pas rédigé par de Saussure lui-même, mais par deux disciples qui, en se fondant sur les notes des étudiants, rédigèrent un texte censé rendre la pensée de Saussure.

Ce n'est que dans les années soixante que commença à se développer une étude plus précise des sources qui tenta de cerner les idées appartenant authentiquement à Saussure à partir des manuscrits de Saussure lui-même qui nous en restent aujourd'hui.

Définition du concept de langage
La fin ultime de Saussure est de proposer une théorie cohérente du langage, qui sera à même de saisir son objet avec la plus grande rigueur et netteté possibles, en distinguant le phénomène linguistique de tout phénomène connexe. Cela amène Saussure à distinguer le langage des langues. Par langage, Saussure entend la faculté générale de pouvoir s'exprimer au moyen de signes. Cette faculté n'est pas propre aux langages naturels mais elle caractérise toute forme de communication humaine. Par langue, Saussure entend en revanche un ensemble de signes utilisés par une communauté pour communiquer : le français, l'anglais ou l'allemand, pour ne citer que quelques exemples.

Mais au-delà de cette distinction, Saussure différencie en outre le langage et la parole. La parole est, pour lui, l'utilisation concrète des signes linguistiques dans un contexte précis. Par ce concept de parole, Saussure tente de distinguer l'usage concret du langage du langage lui-même, entendu comme ensemble de signes.

Diachronie et synchronie
Le langage a une dimension diachronique (évolution des signes au cours du temps) et une dimension synchronique (rapports entre les signes à un instant donné). C'est dans l'étude de ce second aspect que de Saussure a particulièrement innové. Selon lui, la perspective diachronique doit être étudiée, certes, mais elle ne permet pas de rendre compte du fait que le langage est un système. Elle prend en effet uniquement en compte les modifications au cours du temps; l'approche synchronique montre, elle, que la signification des signes dépend de la structure de l'ensemble du langage.

La langue comme système
La théorie linguistique de Saussure est nettement sémiotique dans la mesure où elle interprète le langage comme un ensemble de signes : le linguiste distingue dans le signe deux éléments: le signifiant et le signifié. Ainsi que l'écrit Saussure : « Le signifié et le signifiant contractent un lien »1. Pierre Legendre, qui analyse la « facture institutionnelle du langage » relève à ce propos que le rapport entre le signifié et le signifiant est un « rapport d'obligation », il s'agit d'un « lien de légalité ». Est posé la nécessité logique d'un garant, autrement dit d'une instance tierce, qui vienne accréditer le rapport signifié/signifiant2.

Le signifié
Le signifié désigne le concept, c'est-à-dire la représentation mentale d'une chose. Contrairement à une idée répandue, la langue n'est pas un répertoire de mots qui refléteraient les choses ou des concepts préexistants en y apposant des étiquettes. Si c'était le cas, les mots d'une langue, mais aussi ses catégories grammaticales auraient toujours leur correspondant exact dans une autre. Cette observation conduit Saussure à distinguer signification et valeur : « mouton » et « sheep » ont le même sens, mais non la même valeur, puisque l'anglais pour sa part distingue sheep, l'animal de sa viande mutton; il en est aussi ainsi de l'opposition passé défini (simple)/passé indéfini(composé) qui expriment une opposition d'aspect en anglais ou en castillan, une valeur d'usage (écrit/oral) en français contemporain. Ainsi le contenu (le signifié) est un concept défini négativement du fait de l'existence ou de l'absence dans une langue d'autres concepts qui lui sont opposables.

Le signifiant
Le signifiant désigne l'image acoustique d'un mot. Ce qui importe dans un mot, ce n'est pas sa sonorité en elle-même, mais les différences phoniques qui le distinguent des autres. Sa valeur découle de ces différenciations. Chaque langue construit son lexique à partir d'un nombre limité de phonèmes, caractérisés comme les signifiés, non par leur qualité propre et positive, mais par ce qui les oppose: rouler un « r » en français est sans conséquence pour la compréhension; ne pas le faire en arabe conduit à des confusions, puisque cette langue comporte à la fois une apicale vibrante [r] ("r" roulé) et une fricative vélaire sonore [ġ] (proche du "r grasseyé français). Les mots rasīl (messager) et ġasīl (lessive) ne se distinguent que par l'opposition r/ġ.

Le signe pris dans sa totalité
L'idée fondamentale de Saussure est que le langage est un système clos de signes. Tout signe est défini par rapport aux autres, par pure différence (négativement), et non par ses caractéristiques propres ("positives") : c'est pourquoi Saussure parle de "système". Nommé pourtant (après sa mort) « père du structuralisme », il n'a jamais, à aucun moment, et c'est notable, utilisé le terme de "structure" : il n'a jamais parlé d'autre chose que de "système".

L'arbitraire du signe
Le langage découpe simultanément un signifiant dans la masse informe des sons et un concept, une "idée", dans la masse informe des concepts.

Le rapport entre le signifiant et le signifié est arbitraire et immotivé : rien, a priori, ne justifie, en français par exemple, qu'à la suite de phonèmes [a-R-b-R] (le signifiant, en l'occurrence, du signe "arbre"), on associe le concept d’"arbre" (qui est ici le "signifié", en termes saussuriens). Aucun raisonnement ne peut conduire à préférer [boef] à [oks] pour signifier le concept de "bœuf". Saussure se situe, du point de vue épistémologique, dans le nominalisme.

Les deux axes: rapports syntagmatiques et rapports associatifs
Les unités linguistiques

Un discours étant composé d'une succession de signes, Saussure pose la question de la délimitation du signe, indispensable à la compréhension de la chaîne parlée (l'oreille ne peut le distinguer s'il relève d'une langue inconnue). Il est ainsi amené à définir l’unité linguistique comme " une tranche de sonorités qui est, à l'exclusion de ce qui précède et de ce qui suit, le signifiant d'un certain concept. Ainsi le segment sonore : [ʒ(ə)laprã] (en alphabet phonétique international) est analysé par un francophone en trois unités linguistiques : "je/la/prends/", ou « je/l/apprends » (le choix entre ces découpages se faisant en fonction du contexte). Pour parvenir à cette analyse, la langue établit entre les unités de sens deux sortes de rapports, indispensables l'un à l'autre.

Les rapports syntagmatiques
Les unités linguistiques s'enchaînent l'une à l'autre dans le déroulement de la chaîne parlée et dépendent l'une de l'autre. Toute combinaison de deux ou plusieurs signes linguistiques constitue un syntagme. Tout signe placé dans un syntagme tire sa valeur de son opposition à ce qui précède, à ce qui suit ou aux deux : "re-lire", "contre tous", « s'il fait beau » sont des syntagmes composés de deux unités ou davantage.
Les rapports associatifs (ou paradigmatiques, dénomination post-saussurienne)

Les éléments ainsi combinés sont par ailleurs associés chez le locuteur à d'autres qui appartiennent à des groupes multiformes : « enseignement » est relié aussi bien à "enseignant"… par parenté qu'à "armement", chargement"… par suffixation identique ou qu'à « apprentissage, éducation » par analogie des signifiés. Alors que les rapports syntagmatiques sont directement observables (in praesentia), les rapports associatifs sont virtuels, sous-jacents (in absentia).

Ces deux types de rapports coopèrent; la coordination dans l'espace (rapports syntagmatiques) contribue à créer des liens associatifs et ceux-ci sont nécessaires au repérage et à l'analyse d'un syntagme. Dans [kevuditil?][pas clair],(que vous dit-il ?) [vu](vous) est analysé comme unité de sens parce qu'il s'associe à « te/lui… » qui lui sont opposables : ils pourraient se substituer à [vu] et s'excluent l'un l'autre. Mais sans la présence de ce qui précède et suit (rapport syntagmatique), [vu] ne peut être perçu comme unité de sens : c'est le cas dans le syntagme [jelevu][pas clair] parce que la combinaison [levu] ne constitue pas un syntagme.

Linguistique et sémiologie
Ferdinand de Saussure a toujours insisté sur les rapports entre linguistique et sémiologie. Par sémiologie, il entend la science sociale qui étudie les signes de manière générale.

La linguistique n'était aux yeux de Saussure qu'une branche de la sémiologie. Cependant la linguistique en constitue la branche la plus développée, et la plus importante, en raison de la complexité du langage humain.

Postérité
La postérité de Saussure fut immense et on reconnaît en lui, généralement, le fondateur du structuralisme, bien que ce mot lui soit postérieur (il parle de la langue comme système). Le structuralisme fut un mouvement de pensée représenté dans différentes branches des sciences humaines : Claude Lévi-Strauss, en ethnologie, Louis Hjelmslev, en linguistique, Tzvetan Todorov, en analyse littéraire, Jacques Lacan, en psychanalyse et Michel Foucault et Jacques Derrida, pour la philosophie, s'y illustrèrent. Dans le cadre de l'anthropologie dogmatique, Pierre Legendre élabore son analyse du langage à partir des apports de Saussure.

Bibliographie
Les publications de Saussure de son vivant sont le Mémoire sur le système primitif des voyelles dans les langues indo-européennes, sa thèse De l'emploi du génitif absolu en sanskrit, et nombreux articles réunis dans le Recueil des publications scientifiques. Le Cours de linguistique générale a en fait été rédigé après sa mort, par deux de ses collègues sur la base des notes des étudiants, prises aux cours de linguistique générale donnés par Saussure. Toutefois, il existe un important fonds de manuscrits saussuriens à la Bibliothèque de Genève et la famille a donné en particulier un ensemble de documents tout récemment, en 1996 et en 2008. Ces manuscrits ont été publiés depuis 1958 par plusieurs auteurs, notamment Rudolf Engler, qui publia également une toute petite partie des nouveaux documents en collaboration avec Simon Bouquet dans le livre "Ecrits de linguistique générale", chez Gallimard en 2002.

La revue Langage (éd. Larousse) a proposé un ensemble de contributions importantes sous la direction de Jean-Louis Chiss et Gérard Dessons (Daniel Delas, Claire Joubert, Henri Meschonnic, Christian Puech et Jürgen Trabant) à propos de cette publication dans numéro 159 ("Linguistique et poétique du discours à partir de Saussure") en septembre 2005.

Poèmes et contes écrits par Saussure dans son adolescence, ainsi qu'un ensemble de lettres de jeunesse ont paru dans la biographie réalisée par C. Mejia Quijano en 2008.

Auparavant, Jean Starobinski a publié des inédits de Saussure se rapportant à sa passion pour la littérature latine:


  • Jean Starobinski: Les mots sous les mots. les anagrammes de Ferdinand de Saussure, Ed.: Éditions Flammarion, 1971, Coll.: Chemin, (ISBN 2070280691)
  • F. de Saussure, Cours de linguistique générale, éd. Payot, (1913)1995
  • Simon Bouquet, Introduction à la lecture de Saussure, éd. Payot, 1997
  • Françoise Gadet, Saussure, une science de la langue, éd. PUF, 1987 (une initiation)
  • Robert Godel, Les sources manuscrites du "Cours de linguistique générale", éd.Droz, 1969
  • Claudine Normand, Ferdinand de Saussure - Critique et Interprétation, éd. Les Belles Lettres, 2000
  • Arild Utaker, La Philosophie du langage, Une archéologie saussurienne, Paris, "Pratiques théoriques", PUF, 2002.
  • Arrivé, Michel, À la recherche de Ferdinand de Saussure, éd. PUF, 2007.
  • Claudia Mejia Quijano, Le cours d'une vie. Portrait diachronique de Ferdinand de Saussure, Cécile Défaut, 2008.
  • Dimitar Vessélinov, Les étudiants bulgares de Ferdinand de Saussure, Sofia, éd. Ciela, 2008, 400 p.
  • Federico Bravo, Anagrammes. Sur une hypothèse de Ferdinand de Saussure, Lambert-Lucas, 2011, 280 p.
  • Sémir Badir, Saussure : la langue et sa représentation, Paris, L’Harmattan, 2001.


En anglais


  • Henri Wittmann, « New tools for the study of Saussure's contribution to linguistic thought, » Historiographia Linguistica 1.255-64, 1974.homepage.mac.com

Notes et références

  1. ↑ Cours de linguistique générale, Wiesbaden, Harrassowitz, 2, 1968, p. 272.
  2. ↑ Pierre Legendre développe cette analyse dans ses Leçons I (1999), p. 129-136.

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